Point d’étape #06 : tableau de bord des émergences politiques

En ces temps de départ (en particulier au Royaume-Uni, et avant les vacances), le paysage politique français poursuit sa longue métamorphose : la primaire à gauche sera donc effectuée à minima par le PS et ses proches alliés et seul le collectif « La Primaire » semble désormais en mesure d’initier une consultation nationale fort de ses quasiment 200 candidat(e)s validé(e)s et de ses plus de 50000 votants; Emmanuel Macron n’a toujours pas publié de propositions sur son site En Marche mais affiche de jolis portraits de ses supporters; Ma Voix subit le contre-flux post-électoral à Strasbourg et La Transition s’essoufle… Rendez-vous à la rentrée (probablement fin août) pour voir qui aura mis à profit l’été pour avancer ses pions.

Nom du mouvement # de followers # d’actualités # d’évènements Part de visibilité # de signatures récoltés
Nous Citoyens 12200 13 10 30 %
Nouvelle Donne 22000 5 11 29 %
Parti Pirate 32400 2 1 9 %
En Marche 22000 9 0 9 %
Objectif France 2382 3 1 4 %
La Primaire 5026 2 1 4 % 52885 votants
Génération Citoyens 812 3 1 4 %
Sénat Citoyen 188 2 1 3 %
Bleu Blanc Zèbre 12200 0 0 2 %
Le Mouvement Commun 2281 3 0 2 %
Ma Voix 1984 2 0 1 %
La Transition 5426 0 0 1 %
Société Civile 2017 291 1 0 1 %
Super Châtaigne 389 2 0 1 %
Parlement & Citoyens 3234 0 0 1 % 23113 membres de la communauté
Voix de Gauche 68 1 0 1 %
Nuit Debout 48200 9 412 839% 104005 signataires

Note sur la méthodologie :

  • pour calculer la part de visibilité de chaque mouvement, j’ai choisi la formule suivante : =ROUND((0,2 * #1/SUM(#1) + 0,3 * #2/SUM(#2) + 0,5 *#3/SUM(#3) * 100) où :
    • #1 = nombre de followers sur Twitter
    • #2 = nombre d’actualités (sur un blog par exemple)
    • #3 = nombre d’évènements publics
  • les coefficients pour chaque facteur amènent un biais volontaire : même à l’heure du numérique, le déplacement physique aux discussions, aux échanges, aux rencontres et in fine aux urnes restera la sanction véritable du succès.
  • les mouvements qui n’atteignent pas (ou plus) les 0% sont retirés de ce classement (ce mois-ci : Printemps Républicain, Notre Primaire, la Primaire de gauche, Mouvement Y, Manifeste du 11 janvier)
  • Nuit Debout a un traitement de « faveur » : il est hors-catégorie.

Allons Enfants : un parti politique jeune, par les jeunes, à Saint-Cloud

Allons Enfants est un parti politique jeune, transpartisan et participatif né pendant les élections municipales de 2014 à Saint-Cloud.

À l’époque, il s’agissait d’une liste de 35 jeunes de moins de 25 ans qui souhaitaient rajeunir la politique et redynamiser leur ville. Après plusieurs mois de campagne, la liste remporte 15,4% des voix au second tour et place deux élus au Conseil Municipal.

Deux ans plus tard, après le succès de l’élection municipale et le triste climat politique, Allons Enfants devient officiellement un parti politique avec cette fois-ci des objectifs nationaux ! Le parti compte aujourd’hui 50 bénévoles actifs venus de toute la France et près de 500 adhérents.

allons-enfants

C’est sur cette initiative « jeune » – découverte via Happy Democracy – que je vous laisse pour les vacances : le parti s’appelle Allons Enfants. Et pour la plateforme numérique – en lien avec Democracy OS France, ce sera La Ruche qui a vu le jour en juin 2016. En phase de test sur la ville de Saint-Cloud dans un premier temps, la plateforme a pour ambition de s’implanter dans le plus grand nombre de villes possibles (dont Lille et Strasbourg).

Rendez-vous en à la rentrée pour suivre ces derniers venus et tous les autres…

#Démocratisation de l’Union Européenne, l’avis de Jean-Louis Bourlanges

On est en face d’une espèce de trou noir, de chose incompréhensible : on a fait l’union monétaire, on n’a pas fait l’union économique; on a dit qu’on faisait de la politique étrangère, il n’y a rien qui permet d’en faire; on a détruit un système institutionnel démocratique – tel qu’il était sorti de Maastricht – pour le remplacer par une merdouille infâme – celle que l’on observe actuellement avec confusion des responsabilités à tous les niveaux, dilution de la Commission, dualité entre le président de la Commission, le président du Conseil Européen, submersion de la Commission par le Conseil Européen des chefs d’état et de gouvernement, réunion tous les mois de sommets de la dernière chance, de chefs d’état qui débarquent sans rien étudier. Désormais ces chefs d’état débarquent : ils ont 20 pages avec des petits crochets et la réunion vise à enlever 3 crochets. Et ensuite ils se réunissent deux heures […], sortent en faisant une conférence de presse en disant « nos intérêts ont été bien défendus » et on recommence un mois plus tard. Et on recommence un mois plus tard. Ce ne sont pas les institutions de Bruxelles, ni des institutions démocratiques : il s’agit du piratage par les chefs d’état et de gouvernement d’un système dont ils ne veulent pas, qu’ils n’aiment pas mais ils n’ont pas le courage de sortir. La voilà la situation de l’Europe. […]

Il faut désormais se poser des questions assez simples. Quel est le territoire européen ? Qu’est-ce que nous avons qui nous distingue des autres ? Comment nous pouvons fonctionner ensemble ? Qu’est-ce que nous voulons exercer ensemble et ne plus exercer séparément ? Et enfin quelles sont les modalités de cette démocratie européenne ? Elle sera nécessairement une demoi-cratie – une démocratie à plusieurs peuples – et donc qui ne peut pas fonctionner comme nos démocraties nationales. […]

Et le vrai problème, c’est de savoir si les Français et les Allemands partagent encore une représentation commune de leur avenir. Et ce n’est pas gagné.

C’est dans un podcast de la Grand Table que j’ai découvert cet avis de Jean-Louis Bourlanges qui tranche tellement avec le brouhaha ambiant sur la pseudo-refondation européenne : revenir aux représentations de chaque côté du Rhin.

En tout cas, François Hollande a perdu hier soir une occasion de papoter « visions du futur » avec la chancelière.

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#Démocratisation de l’Union Européenne, le pôle citoyen avec le Comité économique et social européen et le Comité des Régions

Concrètement, le Comité économique et social européen et le Comité des Régions travailleront en amont et en aval du processus législatif.

En amont, il s’agira de présenter des avis d’initiative, dont les sujets auront préalablement été définis avec le Parlement européen. En aval, il s’agira de présenter des études d’impact afin d’évaluer les effets des réglementations européennes sur le terrain. Henri Malosse précise : « à la différence des études d’impact de la Commission, nos études mesurent la réalité du terrain. C’est le ressentit des populations que nous rapportons dans nos études d’impact ».

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Bien sûr, ça date de février 2014 et ce serait déjà en place. Mais j’ajoute quand même cet accord entre le Parlement européen, le Comité des Régions et le Conseil Economique Social Européen (CESE) pour créer un pôle citoyen européen dans ces pistes de « démocratisation ». Sûrement pour ne pas désespérer des idées de relance démocratique.

#Démocratisation de l’Union Européenne, les axes de Democracy International

With Brexit, the British showed the red card to the EU. Europe is now in its deepest crisis. But we will not let the EU break apart – we want a democratic relaunch.
Die EU was the answer to two horrific world wars. It brought peace, democracy and solidarity. But the current political elites have failed to govern in the public good. This cannot go on. We need a democratic relaunch of Europe to bring it much closer to the people.
For this we need a constitutional EU-Convention to discuss the future of Europe and to implement the urgent reforms. Citizens, civil society and parliaments of all countries must be included. And all European citizens should vote on the new EU constitution.
We want a democratic Europe – NOW!

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Democracy International est une association basée en Allemagne (à Cologne) qui milite entre autre pour une Convention de l’UE puisqu’elle est la seule voie légale permettant d’apporter des changements réels aux traités de l’UE et qu’elle est le seul forum ouvert et démocratique permettant la prise de décisions importantes à l’intérieur de l’UE. Autres axes de réflexions et d’action : une amélioration du l’initiative populaire européenne (European Citizens’ Initiative – ECI) et un système électoral européen avec des listes européennes transnationales.

#Démocratisation de l’Union Européenne, le bicaméralisme européen de Thomas Piketty

Il me semble plus prometteur d’imaginer une forme originale de bicaméralisme européen, fondée d’une part sur le Parlement européen (élu directement par les citoyens), et d’autre part sur une nouvelle Chambre parlementaire composée de représentants des Parlements nationaux, en proportion de la population de chaque pays et des groupes politiques présents dans chaque Parlement.

Thomas Piketty

Deux ans après son initiative pour un parlement de la zone euro, Thomas Piketty persiste dans son souhait d’un parlementarisme européen : cette deuxième chambre (en plus du parlement européen) comporterait par exemple une quarantaine de membres du Bundestag, une trentaine de membres de l’Assemblée nationale, etc., et se réunirait environ une semaine par mois, pour trancher notamment les décisions budgétaires et financières engageant directement les contribuables nationaux.

#Démocratisation de l’Union Européenne, les 6 règles de Fritz W. Scharpf pour après le crash

As a contribution to such discussions, I will suggest a set of basic decision rules for a European constitution that responds to demoi-cratic aspirations for member-state autonomy while at the same time facilitating political action and opportunities for politicization and democratic accountability at the European level. As will be obvious, however, such rules could not possibly be realized through path-dependent incremental
reforms within the present institutional framework. Hence, they are here presented as suggestions from the perspective of the morning after the crash.

  1. Deconstitutionalization of European law
  2. Multiple legislative initiatives
  3. Majority rule
  4. Member-state opt-outs
  5. Opt-outs denied by qualified majorities
  6. Conditional opt-outs from the acquis

Fritz W. Scharpf

Fritz W. Scharpf – directeur émérite de l’Institut Max Planck à Cologne – propose des règles pour reconstruire l’Europe. Après le crash. Parce que les changements requis pour restaurer les capacités démocratiques nécessaires à des modifications de politique économique ne pourront se faire que si le droit de véto (des états-membres) était levé.

#Démocratisation de l’Union Européenne, les 16 premières propositions de Newropeans pour préparer les défis du XXIe siècle

Ces premières propositions résultent d’un débat unique en Europe, qui a associé directement 10.000 citoyens de 100 villes dans 25 pays, à l’élaboration de la base du programme Newropeans pour les élections de 2009. Dans les quatre années à venir, Newropeans continuera ce processus de débat avec les citoyens afin de construire un programme complet couvrant toutes les grandes questions communes aux 500 millions d’Européens, de manière à systématiquement associer les citoyens et les acteurs concernés à l’élaboration, à l’application et à l’évaluation des politiques de l’UE qui les concernent.

  1. Assurer l’égalité de tous les citoyens européens devant la loi en supprimant l’immunité judiciaire des fonctionnaires européens
  2. Ratifier systématiquement les principales évolutions des traités communautaires, et en particulier les élargissements, par des référendums transeuropéens
  3. Rapprocher géographiquement les institutions européennes des citoyens en les décentralisant
  4. Respecter la diversité linguistique de l’UE
  5. Créer un véritable Gouvernement Européen
  6. Baser le budget européen sur de vraies ressources propres à l’UE, prélevées de manière transparente et faisant l’objet d’un contrôle régulier
  7. Composer le Parlement européen de 50% de représentants élus sur des listes nationales (ou régionales), et de 50% de représentants élus sur des listes transeuropéennes
  8. Créer une procédure d’évaluation décennale du système politique et administratif communautaire
  9. Favoriser la mobilité interne au sein des institutions européennes
  10. Développer une Politique de Voisinage de l’UE
  11. Accroître l’efficacité de l’action de l’UE dans le monde en renforçant le rôle du ministère des affaires étrangères
  12. Définir une politique commune d’immigration
  13. Mettre en place une politique commune contre le crime organisé et la criminalité
    trans-nationale
  14. Développer des initiatives approfondies et de grande ampleur dans le domaine de l’éducation et de la formation continue
  15. Editer un rapport social annuel pour la Présidence de l’UE destiné à évaluer la situation sociale de l’Union
  16. Renforcement simultané de l’intégration politique, la recherche et la compétitivité : rêves communs, décisions et entrepreuneuriat

Les 16 propositions du Newropeans date de 2009 mais peu ont perdu une ride, à commencer par l’immigration et la politique de voisinage qui nous ont largement rattrapés (Syrie, Ukraine). Mais l’esprit est toujours là…

#Démocratisation de l’Union Européenne, les pistes d’Antoine Vauchez

Plutôt que de faire table rase de plus de 60 ans de construction institutionnelle, il s’agit donc plutôt selon l’auteur de commencer par arracher ces « indépendantes » à leur « sommeil dogmatique », pour reprendre l’expression d’Alain Supiot, autrement dit leur obsession du marché unique. Pour ce faire, l’auteur invite à se doter d’un certain nombre de leviers politiques, comme l’approfondissement du mécanisme d’alerte parlementaire instauré timidement par le traité de Lisbonne, mais aussi intellectuels, en renforçant l’information et la capacité critique des populations et communautés savantes, sans oublier d’instaurer des critères de représentativité pour la nomination des membres de ces « indépendantes » (femmes, syndicalistes, etc.).

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Igor Martinache, prag de SES à l’université de Lille 1, propose une recension de l’ouvrage Démocratiser l’Europe de Antoine Vauchez et inaugure une mini-série en marge du Brexit.

Une autre avis sur le même ouvrage se trouve dans la Revue Européenne des Sciences Sociales, par Olivia Leboyer cette fois.

#Démocratisation de l’Union Européenne, le manifeste pour une union politique de l’euro

Notre seconde proposition, la plus importante, découle de la première. Pour voter l’assiette de l’impôt sur les sociétés, et plus généralement pour débattre et adopter démocratiquement et souverainement les décisions fiscales, financières et politiques que l’on décidera à l’avenir de mettre en commun, il faut instituer une Chambre parlementaire de la zone euro. […] Dans ce schéma, l’Union européenne comporterait deux Chambres : le Parlement européen actuel, élu directement par les citoyens des 28 pays, et la Chambre européenne, représentant les Etats au travers de leurs Parlements nationaux.

Manifeste pour une union politique de l'euro

En 2014, Thomas Piketty et quelques autres lançaient le Manifeste pour une union politique de l’euro. Si le site a disparu, l’idée reste dans l’air. Et dans des limbes ?

#Démocratisation de l’Union Européenne, le mouvement DIEm 25

Il faut un autre cap. Et il y en a un.

C’est celui auquel l’ « Europe » officielle résiste des quatre fers, de toutes les forces de sa mentalité et de ses pratiques de cartel. C’est l’antidote à l’autoritarisme qui ronge l’Union européenne et ses institutions :

l’irruption de la démocratie.

Notre mouvement, DiEM25, veut appeler à cette irruption. La démocratisation de l’Union européenne doit commencer immédiatement, car sans démarrage rapide il sera peut-être impossible de surmonter la résistance institutionnalisée à temps, avant que l’Europe ait franchi le point de non-retour.

Notre objectif, démocratiser l’Europe, est réaliste. Il n’est pas plus utopique de la démocratiser qu’il ne l’était au tout début de la construire. En fait, il est moins utopique de la démocratiser que de tenter de maintenir en vie l’actuelle Union européenne antidémocratique qui se fragmente.

DIEM25

Initié par Yanis Varoufakis, le mouvement DIEm 25 s’est donné dix ans pour démocratiser l’Europe en commençant par la transparence complète de la prise de décision, puis par une offensive contre la crise économique en cours, en utilisant les institutions existantes et dans le cadre des traités européens existants et enfin une assemblée constituante.