Réinventer le militantisme par la vidéo avec Usul

L’une de vos motivations fut le succès d’Alain Soral, en matière d’« éducation populaire ». Vous teniez à vous emparer du format vidéo afin d’essayer de contrer cette parole toxique. Pourquoi les courants d’émancipation ont-ils autant tardé à s’intéresser à ces nouvelles formes de diffusion ? Est-ce par élitisme ? Doit-on y voir un lien avec la sacralité de l’écrit qui existe dans nos traditions politiques ?

« Oui, c’est souvent ce que j’avance. C’est très vrai à gauche — surtout la gauche radicale, avec tous ses universitaires. Il suffit de voir que même de jeunes figures de cette gauche comme Édouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie en sont encore à privilégier les tribunes dans la presse et les essais de combat aux interventions sur des modes plus populaires. Ce n’est pas un jugement de valeur : ils sont de l’ENS ; ils font ce que font les gens qui sortent de l’ENS. Chacun va là où il pense pouvoir être utile. Mais on devrait faire davantage de ponts, faire des choses plus vivantes, plus modernes, réinventer le militantisme. »

Il y a aussi la vidéo pour réinventer le militantisme : une belle dose de concret numérique dans notre petite mare de copier-coller (textuel). A commencer par Le Salaire à Vie (Bernard Friot) :

Quitter une place pour arriver sur une esplanade : un désintégrateur de manifestation

Oui. Car nous avons quitté une place pour arriver sur une esplanade. Et il se trouve que toutes les esplanades franciliennes ont pour propriété charnelle de réprimer par de subtiles sensations climatiques les personnes qui les traversent ; c’est le cas de la Défense, de la terrasse de Nanterre, du champ de Mars, des Invalides et dans une certaine mesure de l’intégralité de l’axe historique (la ligne droite allant de Concorde à Courbevoie étant une immense esplanade), mais aussi, sans grand doute, de la future place de la République [2] et de la BNF — la BNF, dont les quatre immeubles, dans leur monumentalité carrée, créent au sol une lourde masse d’air qui rend très brutale la circulation des courants entre l’avenue de France et l’humidité de la Seine. Cela explique que le « lecteur » se sente toujours confusément violenté par la configuration de la « Grande Bibliothèque » : il ne peut pas aller lire des textes sans d’abord faire l’expérience de cette espèce de répression climatique, quelle que soit la saison (avec bien sûr des nuances typiques, celles de l’été étant de décupler jusqu’à l’insupportable le niveau d’ensoleillement — du fait de la réverbération blanche du verre des Tours sur le bois sec des lattes du sol).

Avant la mobilisation de demain – 31 mars 2016, retour en arrière avec Stéphanie Eligert : elle mesure l’influence de l’architecture sur les manifestations d’octobre 2010, ou comment le micro-climat de l’esplanade des Invalides a désintégré et sapé la manifestation du 19 octobre 2010.

Choisir le lien social et le lien avec la ville avec les migrants

La voie choisie a été celle d’un changement de lieu préparé avec les associations et les habitant-e-s, et l’association Actes et Cités se joint au projet pour travailler sur le lien social et le lien avec la ville. En contraste avec le camp de containers, les destructions successives de parties du bidonville et la violence déployés par l’État à Calais.

Visiblement l’Etat n’a pas encore envisagé de travailler à ce fameux lien social dont il vante tant les mérites.

Travailler moins, pour travailler encore

La bataille que les grévistes mènent contre la fermeture de l’usine visait d’abord à affirmer leur besoin de travailler, en menant la C3 jusqu’à sa fin de vie — et même en sortant une nouvelle voiture. En cas de baisse d’activité, on travaille moins mais on ne ferme jamais l’usine.

Visiblement les ouvriers de PSA aussi ont compris un des ressorts du succès allemand dans la maintien des emplois en temps de crise (ainsi 1,5 millions d’Allemands sont passé par la case chômage partiel sur la période 2008 – 2010).

Convergence des luttes pour une grande #NuitDebout

Nous sommes un collectif informel réunis autour de la dynamique du film merci Patron et de l’équipe du journal Fakir, composé d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés, déterminés à nous unir pour faire entendre notre ras le bol de la politique gouvernementale, politique qui n’a de cesse de réduire nos droits sociaux, au seul profit des intérêts du patronat.

Encore une initiative sans parti politique (avec quand même la présence d’Isabelle Attard, députée citoyenne) que cette Convergence des luttes. Cette fois, c’est un film (Merci Patron) et un journal (Fakir) qui font office de rassembleur.

Tout ça commencera par une #NuitDebout :

On occupe une place, un lieu, on verra bien où. On fait une projection géante de Merci patron !, à rigoler tous en chœur. On se fait des concerts pour la bonne humeur. Et aussi, surtout : on cause. On essaie d’inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes.

Point d’étape #03 : tableau de bord des émergences politiques

Fin de premier trimestre 2016, les stratégies se dessinent en vue de 2017 ! Les organisateurs de primaire sont en effervescence.

Nom du mouvement # de followers # d’actualités # d’évènements Part de visibilité # d’euros récoltés # de signatures récoltés
Nous Citoyens 11300 19 17 26 %
Nouvelle Donne 21400 5 7 13 % 6030 signataires pour le plan d’urgence
La Primaire de gauche 1791 0 13 12 % 2800 volontaires dans le comité d’organisation
Notre Primaire 1380 1 10 10 % 80575 signataires
Parti Pirate 31900 3 1 9 %
Ma Voix 996 12 1 6 %
La Transition 4217 5 2 5 %
Génération Citoyens 446 5 1 3 %
Printemps Républicain 1325 6 1 4 %
Parlement & Citoyens 2969 1 2 3 % 22731 membres de la communauté
Voix de Gauche 38 4 1 3 %
Société Civile 2017 70 4 0 2 %
Bleu Blanc Zèbre 10200 0 0 2 %
Super Châtaigne 307 4 0 2 %
La Primaire 3842 0 0 1 % 49458 € 21461 inscriptions
Le Mouvement Commun 2174 0 0 0 %
Mouvement Y 1082 0 0 0% 21156 signataires
Manifeste du 11 janvier 29 0 0 0 % 4231 signataires

Note sur la méthodologie :

  • pour calculer la part de visibilité de chaque mouvement, j’ai choisi la formule suivante : =ROUND((0,2 * #1/SUM(#1) + 0,3 * #2/SUM(#2) + 0,5 *#3/SUM(#3) * 100) où :
    • #1 = nombre de followers sur Twitter
    • #2 = nombre d’actualités (sur un blog par exemple)
    • #3 = nombre d’évènements publics
  • les coefficients pour chaque facteur amènent un biais volontaire : même à l’heure du numérique, le déplacement physique aux discussions, aux échanges, aux rencontres et in fine aux urnes restera la sanction véritable du succès.

Le chassé-croisé entre Nous Citoyens et Nouvelle Donne continue : visiblement l’activité a repris chez les premiers à la faveur de la prise de fonction du nouveau président, pendant que les autres attendent désormais le renouvellement de leurs instances (après celui des statuts) avant peut-être de relancer la machine.

En tout cas derrière ça se bouscule : la Primaire de gauche et Notre Primaire sont en plein tour de France avec plus de 25 rendez-vous un peu partout à eux deux, un peu plus loin Ma Voix passe enfin en mode « public » avec une série d’articles pendant que La Transition continue sa stratégie fortement axée sur Twitter.

A noter pour ce mois-ci la dégringolade de La Primaire dans notre classement alors même que l’application mobile passe en mode béta, que la moitié du budget est assurée et que l’ouverture grand public est prévue le 4 avril. La série de déplacements est finie, les articles se font rares, ils doivent pédaler sous l’eau 😉

En Italie, le M5S invente encore des formes politiques

De temps en temps, Mediapart explore en longueur des mouvements politiques plutôt inconnus en France : cette fois-ci sous le microscope, Mathilde Auvilain explore le Mouvement 5 étoiles, fondé en 2007 par le comique italien Beppe Grillo.

Quelques extraits, d’abord sur la pression liée à une vie politico-médiatique :

Patrizia Bedori, candidate du Mouvement 5 étoiles, a d’ailleurs jeté l’éponge à quelques semaines du scrutin (dont on ne connaît pas encore la date précise). Créditée d’environ 15 % des intentions de vote dans les sondages, très loin derrière le candidat du PD Giuseppe Sala, Patrizia Bedori n’a pas résisté « aux pressions et à l’exposition médiatique », ni aux critiques sur son physique et son CV de femme au foyer. « Je suis une femme au foyer, mais cela ne signifie pas que je n’ai pas d’expérience. Je suis inscrite sur le blog de Beppe Grillo depuis 2006, j’ai mené des batailles environnementales dans mon conseil de quartier à Milan. Mais certes, je ne suis pas une “manager” comme les autres candidats à la mairie », relève-t-elle, amère, dans La Repubblica.

Ensuit sur des règles drastiques imposées aux candidats :

Pour tenter de tenir les troupes et éviter de tomber dans les dérives et les comportements des partis traditionnels aux élus changeant de casaque à mi-mandat, le Mouvement 5 étoiles a introduit un système contesté de sanction pécuniaire en cas de manquement d’un élu à ses engagements. À Rome, les candidats se sont engagés à s’acquitter de 150 000 euros d’amende s’ils devaient enfreindre les règles de base du mouvement. Un système qui existe sous différentes formes dans d’autres pays, et que les activistes du M5S voudraient voir appliqué par toutes les autres formations politiques italiennes, comme une reconnaissance de leur sérieux.

Et toujours en toile de fond, une rigueur d’apothicaire sur les comptes : Ti rendi conto?!?!?!? est là pour en témoigner. A l’heure où les comptes de certains groupes parlementaires font scandales, leur visibilité 5 étoiles donne un peu d’espoir.

Comme si les jeunes étaient plus manipulables…

Le lien avec les syndicats demeure un lien « utilitaire ». On ne vote pas, mais on s’adresse en cas de besoin aux élus dans les conseils, quand il faut « y aller » – c’est-à-dire quand la mobilisation apparaît nécessaire pour obtenir ce que la routine institutionnelle n’offre plus –, ils « y vont » : en AG, en manif. Et à ce moment-là, se combinent la délégation de pouvoir traditionnelle et la prise de parole de toutes et tous les participants. C’est sous cet angle qu’il faut traiter la question de la « manipulation ». Je remarque au passage qu’en règle générale, ceux qui la posent le font à propos des mouvements de jeunes… mais pas des mouvements de paysans, des taxis, etc. Comme si les jeunes étaient plus manipulables, et comme si dans d’autres luttes et secteurs sociaux, il n’y avait pas des forces, groupes ou appareils tentant de profiter des occasions de mobilisation. Or, avec justement un faible encadrement syndical ou politique, c’est dans ce secteur qu’il est le plus difficile de « manipuler » des mobilisations touchant des dizaines de milliers de jeunes.

Un entretien intéressant avec Robi Morder (président du GERME, le Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants) : ce sont en vérité dans ces périodes de mobilisation que les jeunes « manipulent » […] les partis et les organisations, qu’ils entraînent sur leur terrain.

Les emails d’Hillary à explorer

On March 16, 2016 WikiLeaks launched a searchable archive for 30,322 emails & email attachments sent to and from Hillary Clinton’s private email server while she was Secretary of State. The 50,547 pages of documents span from 30 June 2010 to 12 August 2014. 7,570 of the documents were sent by Hillary Clinton. The emails were made available in the form of thousands of PDFs by the US State Department as a result of a Freedom of Information Act request. The final PDFs were made available on February 29, 2016.

Wikileaks a mis à disposition du public les emails d’Hillary Clinton qu’il a reçus via une demande « Freedom of Information Act ». Et si ça nous change des fuites massives organisées par des lanceurs d’alerte, on mesure encore la longueur de la route.