Maintenant que nous tournons la page Hollande, la pluie d’Hadrien

Il est toujours tentant de trouver des échos entre ses lectures et les actes du moment. Je vous propose aujourd’hui un extrait du livre de Marguerite Yourcenar, Les Mémoires d’Hadrien.

Obligé à prononcer mon discours sous une toge dans les replis de laquelle l’eau s’amassait comme dans une gouttière, je passais et repassais continuellement la main sur mon front pour disperser la pluie qui me remplissait les yeux. S’enrhumer est à Rome un privilège d’empereur, puisqu’il lui est interdit par tous les temps de rien ajouter à la toge : à partir de ce jour-là, la revendeuse du coin et le marchand de pastèques crurent à ma fortune.

#Démocratisation de l’Union Européenne, les pistes d’Antoine Vauchez

Plutôt que de faire table rase de plus de 60 ans de construction institutionnelle, il s’agit donc plutôt selon l’auteur de commencer par arracher ces « indépendantes » à leur « sommeil dogmatique », pour reprendre l’expression d’Alain Supiot, autrement dit leur obsession du marché unique. Pour ce faire, l’auteur invite à se doter d’un certain nombre de leviers politiques, comme l’approfondissement du mécanisme d’alerte parlementaire instauré timidement par le traité de Lisbonne, mais aussi intellectuels, en renforçant l’information et la capacité critique des populations et communautés savantes, sans oublier d’instaurer des critères de représentativité pour la nomination des membres de ces « indépendantes » (femmes, syndicalistes, etc.).

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Igor Martinache, prag de SES à l’université de Lille 1, propose une recension de l’ouvrage Démocratiser l’Europe de Antoine Vauchez et inaugure une mini-série en marge du Brexit.

Une autre avis sur le même ouvrage se trouve dans la Revue Européenne des Sciences Sociales, par Olivia Leboyer cette fois.

Explorer les politiques du futur grâce à la science fiction

Les exemples intéressants abondent, mais sont peut-être davantage à trouver en littérature qu’au cinéma, tendanciellement noyé dans les logiques du grand spectacle. En profitant de ce qu’elles problématisent, les œuvres du genre peuvent être utiles aux réflexions éthiques et politiques, notamment pour des enjeux à peine émergents ou semblant trop abstraits. Par exemple, sur les affrontements d’intérêts que peuvent exacerber l’épuisement des ressources énergétiques et la course à la mainmise sur le patrimoine génétique des plantes, comme dans La fille automate de Paolo Bacigalupi. Ou sur la contribution des systèmes médiatiques au déplacement des formes de pouvoir, comme dans Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad. Ou encore sur les modalités de participation d’intelligences artificielles aux affaires collectives, comme dans les romans d’Iain M. Banks sur la civilisation de la Culture.

Yannick Rumpala, chercheur à l’université de Nice, explore comment de faire de la science politique avec de la science-fiction. Et donne des pistes de lectures au passage.

Conjurer la peur, une lecture de Sylvestre Huet

Sylvestre Huet fait un compte-rendu de lecture de l’ouvrage de Patrick Boucheron Conjurer la peurSienne, 1338. Essai sur la force politique des images et met en avant un formidable raccourci vers le présent.

Les décisions politiques que prirent les Neufs à partir de 1339 furent à la fois lourdes de conséquences et révélatrices des contradictions sociales du régime: ils choisirent systématiquement de porter secours à l’oligarchie financière et bancaire, aggravant l’endettement public —mais cet endettement faisait précisément la fortune des banques— et délaissant le soutien à l’activité économique. Idéologiquement, le régime des Neufs revendiquait un gouvernement de la mezza gente reposant sur une double exclusion politique: celle des plus puissants des magnats, et celle des plus modestes du popolo minuto. Lorenzetti n’avait peint que des marchands parmi les conseillers accordés et que des milites parmi les puissants soumis; il avait figuré des riches aristocrates quittant la ville et d’honnêtes travailleurs y pénétrant. Mais dans les faits, ce sont ces derniers qui subirent le plus durement les conséquences de la crise, avant d’être fracassés par la peste noire.

Le Commun – Nouvel Horizon Historique, lu par Jérôme Bonnemaison

Il s’agit donc d’institutionnaliser politiquement la société. Et de converger vers cette norme du commun comme nouvelle norme dominante, partout. Le commun est un principe politique qui demande que des domaines soient inappropriables et relèvent de notre action commune. Que la propriété soit d’ailleurs privée publique ou collective, ou dissoute. L’entreprise doit devenir l’entreprise commune. Elle n’existe d’ailleurs pas juridiquement aujourd’hui : ce qui existe est la Société. Mais l’entreprise en tant que déploiement collectif de compétences qui crée la valeur, n’existe pas.

Une lecture précise du livre Le Commun, Nouvel Horizon Historique de Pierre Dardot & Christian Laval par Jérôme Bonnemaison, sociologue de la catégorie quantitative des « grands lecteurs ».

Quelle alternative politique pour le XXIème siècle ? Conférence avec Pierre Dardot

Partout dans le monde, des mouvements contestent l’appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes élèvent toutes une même exigence, reposent toutes sur un même principe : le commun. Pierre Dardot expliquera pourquoi ce principe s’impose aujourd’hui comme le terme central de l’alternative politique pour le XXIe siècle.

Cette conférence débat avec Pierre Dardot, auteur avec Christian Laval du livre « Commun » (La Découverte, 2014), aura lieu le samedi 23 janvier 2016 de 15h00 à 17h00 à la Médiathèque Edmond Rostand – 11 rue Nicolas Chuquet à Paris (métro Pereire-Levallois, ligne 3).

Radicaliser la démocratie, lu par Samuel Authueil

Dominique Rousseau part du constat que nos institutions sont déséquilibrées. La fameuse séparation des pouvoirs n’existe plus, et il est illusoire de croire que le législatif contrôle l’exécutif. Nous sommes dans une monarchie républicaine, où tout est concentré entre les mains du chef de l’Etat, avec des contre-pouvoirs insuffisants. Ce raisonnement prend encore plus de sens quand on lit l’avant projet de loi du gouvernement, qui déshabille les juges judiciaires au profit des préfets, des procureurs et de la juridiction administrative. Or, aux yeux de Dominique Rousseau, la magistrature est le seul véritable contre-pouvoir dans ce pays. Au lieu de l’affaiblir, il faudrait la renforcer, en lui donnant réellement son indépendance. Le libéral que je suis ne peux qu’approuver une telle position !

Extrait d’un billet de blog qui s’intitule Radicaliser la démocratie et qui parle du livre Radicaliser la démocratie: Propositions pour une refondation » par Dominique Rousseau.