Un brassard avec une croix rouge, un nouveau signe dans les manifestations

Il faut que les manifestants sachent que les Medics existent. La chose à faire si on est blessé ou paniqué, c’est de crier ‘médic’ et si il y en a un à proximité, il va venir. C’est une pratique qui existe dans d’autres pays, mais pas tellement encore en France. Et certains ont des brassards avec des croix rouges. Moi je mets un brassard pour être repérable, c’est un choix personnel. L’important c’est de pouvoir porter assistance aux personnes parce que dans les manifs, il y a des gens qui ont des blessures graves, et le temps qu’on s’en rende compte, que la police libère les nasses et qu’on appelle les pompiers, ils peuvent être tout seuls pendant longtemps et ça peut être une expérience traumatisante.

Un compte-rendu ahurissant d’une manifestation du 1er mai 2016 : celle d’une infirmière encore sous le choc.

Quitter une place pour arriver sur une esplanade : un désintégrateur de manifestation

Oui. Car nous avons quitté une place pour arriver sur une esplanade. Et il se trouve que toutes les esplanades franciliennes ont pour propriété charnelle de réprimer par de subtiles sensations climatiques les personnes qui les traversent ; c’est le cas de la Défense, de la terrasse de Nanterre, du champ de Mars, des Invalides et dans une certaine mesure de l’intégralité de l’axe historique (la ligne droite allant de Concorde à Courbevoie étant une immense esplanade), mais aussi, sans grand doute, de la future place de la République [2] et de la BNF — la BNF, dont les quatre immeubles, dans leur monumentalité carrée, créent au sol une lourde masse d’air qui rend très brutale la circulation des courants entre l’avenue de France et l’humidité de la Seine. Cela explique que le « lecteur » se sente toujours confusément violenté par la configuration de la « Grande Bibliothèque » : il ne peut pas aller lire des textes sans d’abord faire l’expérience de cette espèce de répression climatique, quelle que soit la saison (avec bien sûr des nuances typiques, celles de l’été étant de décupler jusqu’à l’insupportable le niveau d’ensoleillement — du fait de la réverbération blanche du verre des Tours sur le bois sec des lattes du sol).

Avant la mobilisation de demain – 31 mars 2016, retour en arrière avec Stéphanie Eligert : elle mesure l’influence de l’architecture sur les manifestations d’octobre 2010, ou comment le micro-climat de l’esplanade des Invalides a désintégré et sapé la manifestation du 19 octobre 2010.

Comme si les jeunes étaient plus manipulables…

Le lien avec les syndicats demeure un lien « utilitaire ». On ne vote pas, mais on s’adresse en cas de besoin aux élus dans les conseils, quand il faut « y aller » – c’est-à-dire quand la mobilisation apparaît nécessaire pour obtenir ce que la routine institutionnelle n’offre plus –, ils « y vont » : en AG, en manif. Et à ce moment-là, se combinent la délégation de pouvoir traditionnelle et la prise de parole de toutes et tous les participants. C’est sous cet angle qu’il faut traiter la question de la « manipulation ». Je remarque au passage qu’en règle générale, ceux qui la posent le font à propos des mouvements de jeunes… mais pas des mouvements de paysans, des taxis, etc. Comme si les jeunes étaient plus manipulables, et comme si dans d’autres luttes et secteurs sociaux, il n’y avait pas des forces, groupes ou appareils tentant de profiter des occasions de mobilisation. Or, avec justement un faible encadrement syndical ou politique, c’est dans ce secteur qu’il est le plus difficile de « manipuler » des mobilisations touchant des dizaines de milliers de jeunes.

Un entretien intéressant avec Robi Morder (président du GERME, le Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants) : ce sont en vérité dans ces périodes de mobilisation que les jeunes « manipulent » […] les partis et les organisations, qu’ils entraînent sur leur terrain.